15. - discussions et initiatives se POURSUIVENT en 1970

 

Les mois passent et la crise du secteur s'élargit. Le Corriere della Sera, le 17 mars 1970 titre : "Atomiques en crises"  En fait, après l'Euratom, le CNEN, le Commissariat de l'Énergie Atomique (CEA) connaît de grosses difficultés, à la suite de l'abandon, de la part de l'EDF, des réacteurs à graphite de conception française pour se diriger vers les réacteurs à eau légère de type américain. Une crise du CERN se dessine aussi, de même que se concrétisent les chutes de l'United Kingdom Atomic Energy Authority (UKAEA)

 

Le 2 juillet 1970 une nouvelle Commission européenne, composée de neuf membres et présidée par Franco Maria Malfatti entre en fonction.

 

Entre temps, on s'approche, encore une fois de l'échéance critique des décisions. La Commission prépare des hypothèses de réorganisation de la recherche communautaire à soumettre au Conseil.

Après l'orientation de la Commission vers une modification radicale des contrats de travail du personnel préposé à la recherche, une protestation d'Ispra est faite au C.C.R., avec la proclamation d'une grève du 20 au 24 novembre 1970.

 

L' Écho de la Bourse publie un communiqué de l'intersyndical qui précise les motifs de l'agitation : "...tandis que sont attendues en vain une définition des choix politiques et les mesures capables de relancer la recherche dans la Communauté européenne, la Commission de la CEE parait vouloir décider une radicale modification du contrat de travail du personnel employé à la recherche. ...Un tel contrat non seulement est contraire aux législation du travail en vigueur dans les pays membres de la CEE, mais constitue clairement le moyen technique pour une rapide liquidation des centres de recherche."

 

La grève, en plus d'Ispra, s'étend aussi aux autres centres, Petten, Geel, Karlsruhe, et la

permanence sur les lieux de travail jour et nuit s'y ajoute.

 

Le Parlement Européen suit le développement des évènements. L'agence Opera Mundi EUROPE publie le 24 novembre 1970 sous le titre : "La politique de recherche et développement devant le Parlement Européen ":

"Au cours de sa dernière session, l'Assemblée de Strasbourg a apporté son plein appui à la Commission et aux idées avancées par celle-ci pour la mise en oeuvre d'une véritable politique communautaire de la recherche et du développement. Par contrecoup, elle a formulé de vives critiques à l'égard de l'attitude réservée des gouvernements, et notamment de la carence du Conseil dans le secteur de la recherche nucléaire et de son incapacité à parvenir à un accord sur le rôle futur du C.C.R.

Dans une résolution votée à l'unanimité, le Parlement a exprimé le souhait de voir la Commission déclarer publiquement ne pouvoir continuer à assumer la responsabilité de la situation actuelle au cas où le Conseil ne manifesterait pas sa claire volonté d'assainir cette situation en approuvant la réorganisation du C.C.R., le plan pluriannuel en voie d'élaboration à Bruxelles ainsi que les mesures qui y sont préconisées pour obtenir avant le premier janvier 1971 une vue globale de la politique de recherche et de développement dans le cadre communautaire"  

 

Le Commissaire Spinelli expose devant l'Assemblée les grandes lignes d'action de la Commission pour réaliser ces réformes, on parle de nouveaux organismes, comme un centre de réflexion et un organe exécutif ou une agence.

En outre : "Selon Spinelli, les méthodes essayées jusqu'à présent par les États membres pour sortir de la crise et pour mettre en oeuvre les résultats de la conférence de la Haye dans le domaine de la recherche ont échoué. Depuis deux ans, le C.C.R. vit sur des mini-programmes qui ne permettent même pas une médiocre utilisation du potentiel de recherche concentré dans le Centre, sans parler de nombreuses et vastes tâches - particulièrement en matière de sauvegarde de l'environnement - qui devront être accomplies et qui exigent une action en commun."

 

Un groupe de quatre experts indépendants consultés par la Commission a rédigé un rapport. " Selon ces experts le C.C.R devrait assurer des fonctions de service public utiles à tous, réaliser de grands équipements scientifiques spéciaux pour lesquels des doubles emplois dans les pays membres doivent être évités et apporter aux activités scientifiques des pays membres des aides et des compléments, ce qui sera sans doute dans bien des cas un moyen d'amorcer la coordination souhaitable entre les laboratoires de divers pays. Il devrait en outre contribuer à la formation de chercheurs de niveau élevé, préludant ainsi à l'éventuelle création d'une université scientifique européenne."

 

Parlant des programmes pour le C.C.R., les experts, en plus de soutenir le programme pour le réacteur pulsé SORA, se prononcent également pour une vaste action communautaire dans le secteur des nuisances."

 

A Bruxelles, le 26 novembre 1970, la Commission  CCE reçoit une délégation du personnel de l'Euratom qui exprime ses propres préoccupations. Si l'attente n'est pas satisfaite, les actions déjà en cours pourraient s'aggraver.

 

Déjà le 27 novembre, un communiqué ANSA annonce que : "le personnel d'Ispra a occupé hier soir la direction et les infrastructures des réacteurs nucléaires du Centre. La décision a été prise à la fin d'une assemblée. Un communiqué dit que tout le personnel scientifique et technique demande seulement de pouvoir continuer à travailler et est prêt à discuter un type de réforme quel qu'il soit  s'il en garantit vraiment la relance et l'ouverture vers d'autres domaines de recherche."

 

La permanence se transforme en une vraie et propre occupation. Le 28 novembre 1970, le correspondant du quotidien Il Giorno écrit :

"...un comité d'occupation contrôle chaque phase de la formidable protestation, certainement la plus pesante et la plus grave jamais organisée dans un centre communautaire…Ici, à Ispra le climat est tendu et préoccupant. Il s'y ajoute le fantasme, cette fois plus présent que jamais, d'un attentat contre l'existence de l'activité nucléaire. Le Comité d'occupation a le plein contrôle des entrées et des sorties du Centre, le directeur, Dr Pietro Caprioglio, bien que présent, est privé de tout pouvoir, l'activité est arrêtée, les trois grands réacteurs, Ispra 1, Eco, Essor, sont surveillés de très près."

 

Le quotidien Avvenire, rapportant la nouvelle écrit:

"L’historique de la vie, très préoccupante, de la citadelle atomique d'Ispra commence à l'automne 1968 lorsque la France propose la première réorganisation de l'organigramme du personnel. Le personnel commence une longue série de manifestations qui aboutissent en occupations et grèves de la faim en juillet de l'année suivante. La crise est aggravée par la menace du licenciement des employés dits "appaltati", ceux qui travaillent dans le Centre avec contrat externe.

La Commission de la CEE, alors présidée par le belge M. Rey, après une longue tergiversation avait cédé et les licenciements étaient rentrés en bloc. Le parquet de Varèse, sur une dénonciation précise, avait fait une enquête sur l'irrégularité des embauchages. Il résulte que l’enquête ne serait pas encore close.

En octobre, nouvelles agitations : l'épineuse question de la réduction du personnel réapparaît. De 400 à 500 personnes se préparent à faire leur valise. Nouvelles grèves et à Bruxelles encore des rapports.

Après douze mois le problème explose de nouveau. Deux italiens sont encore à la présidence de la Commission et du commissariat, MM. Malfatti et Altiero Spinelli..."

 

La grève, entre temps, s'est aussi étendue au Centre de Petten et à la Direction à Bruxelles. L'établissement de Karlsruhe est, lui aussi, en agitation.

Toutes ces manifestations, attirent l'attention de la presse européenne.

 

Il faut rappeler que le 27 octobre 1970, les ministres des Affaires Étrangères des États membres avaient adopté, à Luxembourg, le rapport sur " Progrès réalisables dans le domaine de l'unification de la politique de l'Europe" (rapport Davignon).

 

Le 27 novembre 1970 une délégation du personnel se rend à Bruxelles pour suivre la réunion de la Commission pour Ispra. L'ensemble des propositions de restructuration du centre, du nouveau statut du personnel et des programmes pluriannuels est approuvé sans modifications. Ceci signifie une réduction du personnel. Dans la première version des propositions, il existait une garantie pour maintenir intacte la dimension du C.C.R., alors que dans la version finale approuvée, elle n'existe plus.

La Commission n'a accepté aucune forme de dialogue avec la délégation du personnel.

Le 28 novembre, au retour des délégués à Ispra, la nouvelle "tombe comme une bombe."

 

En réponse à la grève, à l'occupation du Centre par le personnel et aux conséquences relatives au futur, un congrès est tenu par les maires des communes de la zone la plus directement intéressée : Varèse et 21 communes de la bande côtière du Verbanio. L'administration Régionale de la Lombardie s'occupe aussi de ce problème.

 

La situation de l'Euratom est confuse et stressante

Entre temps, la section Finance et Bilan du Parlement Européen  repousse le projet de bilan de l'Euratom pour l'année 1971, le qualifiant comme un bilan de pure survivance et communiquant que, au cas où la Commission insisterait à ne pas vouloir faire son devoir envers l'Euratom, elle serait contrainte à proposer au Parlement Européen une motion de défiance.

 

Parlant des grèves européennes, (simultanément à l'agitation du C.C.R., il y a  grèves des fonctionnaires européens et des interprètes), le journal La Libre Belgique publie à propos de l'occupation du Centre de Recherche:

".....Il s'agit d'un soubresaut - un de plus - de cet Euratom moribond qui ne parvient ni à mourir ni à vivre et que l'on tient à bout de bras depuis trois ans.

 

L’EURATOM portait en lui les germes de sa propre consomption : organisme voué à la recherche nucléaire, il a été rapidement dépassé par les progrès de la science nucléaire. Comme il n'a jamais réussi à s'adapter grâce à une sérieuse reconversion sur le plan de la technologie industrielle, il meurt du coté de la recherche nucléaire sans naître du coté industriel....

 

Cette situation est détestable. Incapables de coordonner leurs efforts dans les secteurs industriels de pointe, les partenaires européens apparaissent impuissants, tout autant, à régler le sort des fonctionnaires européens dont l'inquiétude est bien compréhensive.

Le paradoxe est énorme."

 

Le Comité d'occupation  avec les organisations syndicales prépare des propositions afin de discussions, tant pour les programmes que pour la restructuration.

 

Beaucoup de ces idées et propositions sont ensuite transcrites dans un document, : "Note de travail", riche de données et d'idées, par le Comité d’occupation : le centre Commun de recherche de l'euratom - situation et perspective (annexe 15).

Les réclamations sont décrites sous divers points:

 Origine et fonctions institutionnelles de l' Euratom

Évolution de la situation sur le thème de l'énergie nucléaire et recherche de 1957 à aujourd'hui

Les étapes du C.C.R.

La crise et ses facteurs

Le manque de définitions de la politique industrielle nucléaire de la Communauté

Le manque de définitions sur la fonction spécifique du Centre

 

La crise actuelle du C.C.R. est ensuite analysée sous le titre : "Reflet d'une crise générale en extension", on peut y lire :

On peut distinguer une crise de " politique européenne", du "secteur nucléaire", et des "centres de recherche".

 La crise aiguë de l'européisme de "pionnier" qui peut se dater avec le refus de l'entrée de l'Angleterre dans le MEC en 1962, a éteint la fascination de la parole – communautaire - et a contribué à oublier des valeurs plus concrètes. Le Centre commun est resté un "Centre" parmi tant d'autres.

Avec l'émergence d'un marché et d'une industrie nucléaire  la signification quasi mythique de "recherche nucléaire"s'est décantée, La distinction entre recherche fondamentale et recherche appliquée aux réacteurs s'est éclaircie. L'objectif envers cette dernière a subit les vicissitudes des réacteurs européens :aucune tentative faite en Europe n'a pu soutenir la concurrence avec les Américains

 

La crise des Centres de recherche est un phénomène qui remonte déjà à quelques années et qui perdure.                                                                                                               

La crise a touché en particulier les grands Nationaux nucléaires, qui ont grandi dans les années cinquante pour des exigences pour la plupart en majorité militaires jusqu'à rejoindre des dimensions insoutenables

La crise a touché, par exemple, Harwell et Culham en Angleterre, Argonne, Hanford, Oak Ridge aux USA.

La même crise est en train d'atteindre les centres français de la Cea.                   

La cause de cette crise est à attribuer à l'épuisement du besoin de la recherche nucléaire ou mieux dans la réorientation de cette recherche.

La solution adoptée pour cette crise consiste à une destination partielle de ces Centres vers d'autres objectifs non nucléaires : liens avec des Universités, recherche d'intérêts généraux : dessalage de l'eau de mer, recherche sur la détérioration de l'environnement et ses remèdes, recherche sur une meilleure utilisation de différentes formes d’énergie, etc. ...

Par exemple, la reconversion des activités des Centres nucléaires anglais a fait, en 1965, l’objet d’une loi «Science and Technology Act» 

 Toutes ces crises ont inévitablement miné l'élan constructif du Centre commun. Elles ont provoqué en plus une réaction en chaîne de défiance dans les initiatives communautaires qui s'est traduite en une série d'accords bi et trilatéraux : l'accord franco-allemand pour le réacteur à flux élevé de Grenoble; l'accord Hollande - Angleterre - Allemagne pour la séparation des isotopes;  l'accord Belgique - Hollande - Allemagne pour les réacteurs rapides. L'expérience de ces accords est néanmoins substantiellement négative.

 

Une délégation du personnel d'Ispra part, de nouveau, à Bruxelles pour présenter idées et revendications et pour recueillir les opinions de la Commission. L’occasion se présente le 30 novembre 1970 avec la conférence du Commissaire Spinelli aux dirigeants de l'Euratom. Mais aucun dialogue n'est accepté et la délégation n'a pas été reçue.

Donc l'occupation du Centre continue.

 

Beaucoup d'organismes, d'associations, d'autorités administratives locales prennent position pour la défense du Centre. La présidence Provinciale de l'ACLI de Varèse en fait partie.

 

Le Ministre de l'Extérieur Moro répond par télégramme au Maire de Varèse, M Di Spirito, l'assurant du soutien du gouvernement italien pour une rapide approbation d'un programme pluriannuel adéquat pour le Centre Commun de Recherche.

 

Faisant suite à l'occupation qui se poursuit au Centre d'Ispra ,et aux diverses grèves en cours à la direction générale de Bruxelles et dans les Centres de Karlsruhe et Petten, la Commission européenne décide de recevoir la demande des syndicats afin de discuter tous les problèmes contractuels dérivant des propositions de restructuration du commissaire Spinelli.

          L'échéance technique de procédure est reportée au 8 février 1971 pour permettre un examen approfondi de l'ensemble. Les syndicalistes, après avoir examiné la proposition de la Commission, décident de demander une rencontre préliminaire pour le vendredi 4 décembre 1970, pour définir les limites et les procédures de telles tractations.

La réunion a été positive et la Commission a accepté les questions préjudicielles du personnel. À la fin de la réunion, un communiqué commun, affirme que toutes les propositions regardant les contrats de travail se feront après accord entre la Commission et les syndicats dans le plein respect des droits. 

Les changements proposés unilatéralement par la Commission seront abandonnés. La Commission s'engage à obtenir l'approbation d'un programme pluriannuel qui couvre la totalité des effectifs et l'entière potentialité du C.C.R.

 

Lors de l’assemblée du 5 décembre 1970 pour examiner la situation après la conclusion favorable de la réunion du 4 décembre à Bruxelles entre la Commission et les délégués des centres Euratom des différents pays, le personnel du Centre décide en fin d'après midi de suspendre l'occupation.

Un communiqué souligne de nouveau que, à la réunion de Bruxelles, il a été décidé que : "Toutes les propositions de variations regardant les contrats de travail seront faites en accord entre la Commission et les syndicats dans le plein respect des droits existant et ceux acquis." 

Les résultats de l'accord se réfèrent, entre autres, aussi à un engagement pour un programme pluriannuel, pour des structures plus efficientes pour la préparation des programmes, pour résoudre les problèmes de la discrimination (qui seront discutés les 15 et 16 décembre).

La bonne nouvelle est reprise par la presse qui suit le développement de la crise qui dure désormais depuis trois ans.

 

Au même moment, le Parlement européen, réuni en session plénière à Luxembourg, refuse d'approuver le projet de budget  de la recherche et des investissements de l'Euratom pour l'exercice 1971.

Ce refus, qui a seulement une valeur de pression politique sur le Conseil des Ministres, est motivé par le fait que le budget Euratom ne tient pas compte des recommandations du sommet de l'Aja, c'est à dire de l'invitation, faite à la Communauté, de renforcer et de développer la politique européenne dans le domaine de la recherche. Le projet de budget risque de prolonger l'immobilisme actuel et la carence des décisions structurelles.

En concluant la justification de son vote négatif, le Parlement affirme solennellement qu'il n'hésitera pas à prendre les mesures autorisées par le Traité si les décisions demandées pour une politique renouvelée de la recherche ne sont pas adoptées à court terme.   

A la suite des derniers évènements, le Dr Caprioglio, directeur du Centre d'Ispra, présente sa démission. Il considère que la Commission pouvait éviter l'épreuve de force de la part du personnel, si elle avait accepté de suite la discussion des points controversés de la proposition Spinelli, comme lui-même l’avait proposé avant à la commission.

Cédant aux nombreuses sollicitations faites, le directeur acceptera, quelques jours après, de rester à son poste;  décision qui sera accueillie favorablement par tout le personnel du Centre.

Le 11 décembre 1970  une réunion des représentants du personnel du C.C.R. se tient avec le Commissaire Spinelli. En particulier, un accord en résulte pour une plus grande autonomie des centres de recherche européens, avec une réorganisation générale.       

 

 

16. - le conseil des ministres du 17 DÉCEMBRE 1970

 

Après des années de crise grave, finalement l'Euratom peut entrevoir une voie qui pourrait favoriser sa renaissance. Le Conseil des Ministres européens pour la technologie (pour l'Italie le ministre Ripamonti) approuve une réorganisation générale du C.C.R. et s'engage à programmer une action globale pour le développement scientifique et technologique. Ainsi les propositions de la Commission Malfatti, représentée par le Commissaire Altiero Spinelli, sont approuvées.

Le Centre Commun de Recherche de l'Euratom, aura un Directeur général, qui résidera à Ispra et exercera juridiction sur les trois autres centres (Petten, Geel, Karlsruhe).

Les pouvoirs du Directeur général sont augmentés pour mieux garantir, que par le passé, l'autonomie et l'efficacité des moyens de la recherche.

Il sera secondé par :

un Comité Consultatif (trois membres pour chaque pays, représentant les gouvernements, les organismes scientifiques et les industries) et par

un Comité Scientifique, de l'intérieur du Centre.

Dans le courant de 1971 les gouvernements devraient approuver le nouveau programme quinquennal de l'Euratom, ayant aussi des caractères non nucléaires comme objectif, seconde priorité surtout dans les secteurs de l'informatique, de la pollution et de l'étude des matériaux, avec ainsi l'élargissement des compétences du C.C.R.

La restructuration du Centre se fera sans révision du Traité de Rome.

Le budget pour 1971 a été approuvé.

Du moins pour le moment, le spectre des licenciements massifs du personnel scientifique et technique s'éloigne.

Cette décision peut être interprétée comme une tentative, bien que timide, de relance de l'Euratom après cette grave crise de trois ans. 

Cette décision positive, finalement prise, est amplement reprise et commentée par la presse européenne.

Entreprise en met en relief un autre aspect :"...Le Centre ne pourra pas compter sur des subsides trop larges. Les ministres ont encore une fois reconduit le très maigre budget de recherches de l'Euratom : on permet à l'organisme de survivre, sans lui donner l'occasion de servir réellement. Ainsi on comprend mieux le désir d'indépendance des chercheurs..."

 

17. - l'attente

 

Le 13 janvier 1971, le nouveau Directeur Général du C.C.R, le Dr Pietro Caprioglio , est nommé.

 

En février 1971, les pourparlers pour une solution au problème des "appaltati" commencent. Elle est accompagnée par une agitation due à une question du sénateur Pio Alessandrini au ministre de l'Extérieur. Le sous secrétaire  Mario Pedini donne une réponse détaillée de la crise du C.C.R.

 

Le 22 février 1971, dans un entretien de la presse économique, à Milan, le prof. Altiero Spinelli, Commissaire CEE aux affaires industrielles et scientifiques, indique, entre autres, que, selon le calendrier prévu, la Commission prend toutes les mesures en sa compétence afin que le C.C.R. puisse, non seulement reprendre une activité à plein rendement, mais ait aussi la possibilité de se développer selon des méthodes et des critères nouveaux lui permettant d'éviter les difficultés et les erreurs qui furent à la base des crises passées.

 

Spinelli affirme qu'aux exigences multiples il convient d'opposer une voie hiérarchique adéquate, telle une Agence ayant ses propres fonds et qui soit en mesure d'assurer l'exécution des programmes.

Quant au contenu des actions à entreprendre, continue le représentant de la Commission, on ne part pas de zéro puisque l'on peut utiliser les indications et les projets qui sont issus des travaux du groupe approprié constitué au sein de la Communauté.

La Commission a, de plus, proposé la création d'un Comité Européen pour la Recherche et le Développement (CERD) qui est chargé de peser et proposer les programmes communs.

 

Le 3 mars 1971, le Corriere della Sera publie un article de Stelio Villani titré "Revitaliser l'Euratom". Il y écrit que l'institution de l'Euratom vit depuis quelques années sans programmes d'une certaine ampleur et avec un financement réduit. La crainte de perdre un patrimoine intellectuel d'environ deux mille chercheurs et techniciens est réelle; dispersion qui serait prévue assez rapidement, si l'état d'incertitude vis à vis des objectifs à poursuivre devait persister.

On lit ensuite :

"La raison principale de l'insuccès fut, selon celui qui écrit, dans le manque de formation - dans le domaine de l'industrie construisant des installations electro-nucléaires - des sociétés sur des bases européennes. Les industries des Six Pays ont continué à travailler sur une fausse voie nationale, plaçant souvent leur activité sous licence américaine. A part toute considération d'ordre technique, pour qui donc l'Euratom aurait-il pu mettre au point ceci ou quel type de réacteur de puissance? Certes pas pour telle ou telle industrie, favorisant les intérêts particuliers de l'un ou l'autre pays.

 

L'impossibilité de réaliser des objectifs cohérents entre l'Euratom et les industries nucléaires des "Six" est de plus en plus évidente. D'autant plus qu'une importante expérience industrielle, l'enrichissement de l'uranium par centrifugation a été lancée en dehors de l'ambiance communautaire sur la base d'un accord tripartite entre l'Allemagne, la Hollande et la Grande Bretagne."   

 

Sur les nouveaux programmes, il continue: "Les propositions élaborées au sein de l'Euratom doivent être considérées sérieusement. Elles peuvent se résumer en trois points : activité non nucléaire, création d'un Bureau Communautaire des Standards et enfin recherche de base."

 

Du point de vue général de la Communauté européenne, on peut remarquer que le 27 novembre 1971, le Conseil invite la Commission à ouvrir des négociations avec les Pays de l'AELE non-candidats à l'adhésion (Suisse, Suède, Autriche, Finlande, Portugal, Islande), négociations qui débuteront durant le mois de décembre.

 

Au Centre d'Ispra, le conflit qui court depuis longtemps au sujet du problème des "appaltati" amène le personnel discriminé, dès les premiers jours de décembre, à une occupation nocturne de l'établissement.

 

Mais la situation devient à nouveau fortement critique en vue de la réunion du Conseil renvoyée au 6 décembre 1971.       

La France décide d'investir dans le budget Euratom 1972 une somme bien inférieure à celle prévue par la Commission, et qui permet la participation à seulement quatre des projets sur les vingt inscrits dans la proposition du programme triennal.

Le Monde écrit :" La France ayant, en quelque sorte, mis ses partenaires devant le fait accompli, de nombreux observateurs estiment que la seule voie dans laquelle il resterait possible de s'engager pour éviter une rupture serait... la reconduction du programme actuel. Cette politique est d'ailleurs mise en pratique depuis trois ans. ...

Reste que le C.C.R. serait une fois de plus et pour un temps indéfini relancé dans l'incertitude... Ne vaudrait-il pas mieux prendre acte du peu d'intérêt de certains pays membres pour ses travaux et décider puisqu'il est apparemment impossible  de lui donner un programme qui le stimule et le justifie, une bonne fois pour toutes, de le fermer ?"

 

Les profondes divergences d'opinions, en particulier entre la France et les autres pays, à la veille des décisions à prendre mettent en grave danger, comme jamais encore, l'avenir de l'Euratom. La presse met en évidence cette situation critique.

 

18. - le conseil des ministres du 6 et du 20 DÉCEMBRE 1971

 

" Any lingering hope that might have remained for reviving the Six's moribund nuclear community, Euratom, were crushed by last night's complete failure of the Council of ministers to agree on a medium-term plan for its future".

Voilà ce qu’écrit le Financial Times du 8 décembre 1971.

Et le Figaro, à la même date publie : " L'Euratom est dans l'impasse. Les ministres de  la recherche des Six se sont séparés dans la nuit de lundi à mardi sans pouvoir se mettre d'accord et sur le programme de recherche et sur le budget de cet organisme pour l'année 1972. Ils ont décidé de se revoir le 20 décembre et, pour le budget des Communautés Européennes formant un tout, il faudra attendre cette date pour remplir les caisses de Bruxelles."

La proposition française avait un caractère très restrictif, couvrant seulement de 30 à 40% des actions proposées par la Commission, et renversant le rapport entre programmes communs et programmes nationaux. Le Centre d'Ispra aurait subi de fortes réductions et presque rien ne serait resté du Centre de Petten.

 

Au lendemain de l'échec du Conseil des ministres qui aurait du relancer la recherche communautaire, le commissaire Spinelli fait des commentaires très négatifs sur la crise qui touche non seulement l'Euratom, mais sur la Communauté entière. " Tout ceci parce que la politique européenne reste souvent un accessoire simple et dérangeant des politiques nationales. Les ministres arrivent à Bruxelles en ayant derrière eux le choix déjà fait par leurs pays respectifs."

Maintenant, on attend la réunion du 20 décembre, pour laquelle le Comité des Représentants Permanents se met au travail pour préparer un possible compromis. En cas de non décision et selon la procédure prévue par le Traité, les dépenses courantes de l'Euratom seraient couvertes au fur et à mesure des mois et seulement pour "les dépenses de l'entretien",.

 

Le ministre belge  M Théo Lefèvre, dans une conférence de presse, illustre une proposition pour surmonter la crise.

Il dénonce un "grave danger de nationalisme, même sur le plan économique, dans l’Europe, qui se trouve à l'avant-veille de l'élargissement communautaire.

...Il faut éviter que ce soit une communauté à cinq, et surtout que ce ne soit une communauté à un."     

 

Un compromis transitoire sera difficilement trouvé, pour le budget 1972.

 

19. - la PÉRIODE agitée se poursuit

 

Parallèlement à la situation d'incertitude pour le C.C.R., le 22 janvier 1972 l'acte d'adhésion à la Communauté européenne du Royaume Uni, de l'Irlande, du Danemark, et de la Norvège a été signé à Bruxelles. Par la suite, le 25 novembre, les Norvégiens se déclareront contre l'adhésion (53,5% de non) et la Norvège négociera un accord de libre échange.

 

Au centre d'Ispra, le problème des appaltati est toujours très vif avec négociations et menaces de licenciements. Le 2 février 1972 une assemblée spontanée du personnel se forme et proclame une grève générale pour le lendemain 3 février 1972. Dans l'après-midi, le directeur du Centre, afin d'éviter d'éventuels incidents, décide la fermeture totale du Centre pour deux jours, jeudi et vendredi.

 

Le 21 mars, le président de la Commission, M Malfatti, donne sa démission et un nouveau président, M Sicco Mansholt, est élu.

 

Dans le climat de tension qui demeure tant au C.C.R. que dans toutes les institutions communautaires, les expressions d'amère ironie de la part du personnel ne manquent pas,

comme dans le questionnaire diffusé par le comité de Liaison des Organisations Syndicales des Communautés Européennes C.C.E. - Bruxelles :OUI OU NON À L'EURATOM

(Allegato 16)

 

A la fin de mai, la nouvelle qu'un plan de réorganisation du C.C.R. est prêt, commence à filtrer ; et dans une réunion, à Bruxelles au début de juin, le commissaire Spinelli annonce au Directeur général et aux représentants syndicaux que la proposition de réorganisation a été adoptée. La réduction toucherait environ 500 personnes, sans pour autant une garantie d'emploi sûre pour le personnel restant. Le 5 juin 1972, lors d'une assemblée du personnel, les organisations FFPE et USEI demandent la démission du Directeur général Caprioglio et du Commissaire Spinelli.

 

Le 15 juin 1972 le Commissaire Spinelli expose le plan de la Commission pour une nouvelle politique européenne de la recherche et pour une transformation complète du C.C.R., plan présenté au Conseil des Ministres le 14 juin. La Commission reconnaît l'impossibilité de redonner vie à la communauté atomique, "tuée" par la mauvaise volonté et des défiances réciproques des gouvernements européens. Les expériences nucléaires en cours seront abandonnées mais la recherche commune ne doit pas mourir : une grande communauté de la recherche doit naître, dans le sens le plus large, sur les ruines de l'Euratom. Le "plan Spinelli" est triénnal, 1973-1975, et prévoit un crédit de 120 millions d'"unités de compte”.

 

Le 16 juin le personnel d'Ispra, réuni dans une assemblée, décide une grève de huit heures pour la semaine suivante. Semaine où les représentants syndicaux des quatre centres se rencontreront à Bruxelles pour discuter le nouveau programme présenté par la Commission aux six gouvernements. Entre autres, les réacteurs Essor et Eco d'Ispra et HFR de Petten devraient être clos.

 

Le 22 juin 1972, la grève, presque totale, du personnel des quatre centres a lieu. A Ispra, une assemblée du personnel et des quatre syndicats se tient sur la place devant l'entrée.

 

Le 29 juin le personnel de la Commission avec un bureau de service à Bruxelles, est réuni en Assemblée générale sur convocation du Comité de liaison des organisations syndicales pour être informé des dangers qui menacent le Centre Commun de Recherche. Il adopte une dure "Résolution" et relate une déclaration adoptée par le Parlement Européen réunit à Strasbourg le 15 juin 1972. (Annexe 17) On lit entre autres dans celle-ci :

f) que dans ces conditions il importe que le Conseil prenne une décision définitive avant le 31 décembre 1972 sur l'élaboration d'un programme pluriannuel complet. A cet effet, la Commission devra saisir le Conseil de ce programme au plus tard le 1er octobre prochain. Si ce programme n'était pas élaboré et approuvé par le Conseil au plus tard le 1er novembre 1972, il appartiendra au Parlement de prendre telle mesure qu'il jugera opportune pour obtenir une solution favorable en la matière avant la fin de l'année en cours.

 

Le Parlement Européen continue à suivre les évènements du C.C.R. Une délégation  de la Commission Énergie du Parlement, composée de neuf membres, parmi lesquels le sénateur Noé et M. Ballardini, visitent le Centre d'Ispra, les 11 et 12 septembre 1972, pour une mission d'étude et d'informations.

Le communiqué final, dit entre autres :" La délégation de la Commission énergie a approuvé la proposition de la commission européenne d'étendre aussi l'activité du C.C.R. dans des secteurs non nucléaires comme la protection de l'environnement et l'étude des matériaux." La délégation parlementaire a cependant soutenu la nécessité que des programmes soient élaborés à long et non à court terme.

La proposition de la Commission européenne comporte la réduction du personnel de 2000 à 1600 fonctionnaires, et pour ce motif la délégation parlementaire a écouté les représentants de l'organisation du personnel du C.C.R.     

 

Sur certains journaux apparaissent quelques articles exprimant des doutes et des critiques vers le C.C.R. : les organisations du personnel répondent et éclaircissent , avec des lettres ou des annonces payantes. Par exemple, un texte, "Will Britain kill Euratom?" publié sur le Financial Times du 18 octobre 1972 .

Les 19 et 21 octobre 1972, à Paris, les chefs d'État et les gouvernements de la Communauté élargie tiennent une conférence au sommet. Ils définissent les nouveaux domaines d'action de la Communauté (ambiance, politique régionale, politique sociale, politique industrielle,...) et demandent aux institutions communautaires d'établir des programmes d'action. Réaffirmant la volonté irréversible de réaliser l'union économique et monétaire.

 

De nombreux avis et analyses sont publiés. Dans son n° de novembre 1972, la revue Entreprise publie : " Les neuf l'ont déclaré à Paris, le 20 octobre : il importe d'assurer le développement d'une politique commune dans le domaine scientifique et technologique: Ce sont là des termes encourageants. En fait, on peut rester sceptique et se demander si les gouvernements acceptent réellement de s'orienter vers une solution communautaire dans ce domaine. ...

C'est d'ici la fin de l'année, en principe, que les Six doivent se prononcer sur le rapport transmis en juin au Conseil par la Commission de Bruxelles....

Il y a peu de chance pour que la Commission obtienne gain de cause. Car les Six, sauf peut-être la Belgique, sont d'un autre avis : la CEE ne doit pas être un cadre obligatoire et nécessaire...

Pourquoi cette méfiance ?.... Ne pas recommencer l'échec d'Euratom ....

Quant aux anglais qui ont toujours manifesté un grand dédain à l'égard de l'expérience d'Euratom, la seule voie possible à leurs yeux, ils l'ont affirmé, c'est la libre coopération.

...La souplesse dans la coopération est, semble-t-il, un élément essentiel de la réussite..."   

 La position de la Grande Bretagne, qui va entrer dans la Communauté Européenne, est fortement critiquée. Sur le Daily Telegrph du 5 décembre 1972 on lit : "British specialists,called in to examine the patient, have rightly told Six that in needs drastic and immediate surgery..."

 

Le 4 décembre 1972 une assemblée du personnel du C.C.R. est tenue dans l'établissement d'Ispra, avec des représentants des centres de Karlsruhe et de Petten, assemblée à laquelle le Commissaire Spinelli participe. Le communiqué syndical publié après l'assemblée exprime tout le pessimisme et la gravité de la situation.

" Malgré l'atmosphère d'optimisme que Spinelli a essayé de créer, la gravité de l'actuelle situation du Centre commun de recherche nucléaire est très vite apparue. 

C'est donc le début d'un véritable démembrement du Centre, puisque certaines installations, en particulier les réacteurs Essor et HFR seront restitués aux États membres. Le programme de travail réduit facilite lui aussi la voie vers le démantèlement du centre d'Ispra.

Entre autres le programme qui devait être quinquennal, sera biennal.

 

20. - le conseil des ministres du 12 DÉCEMBRE 1972

 

Douze mois après, le Conseil des Ministres s'occupe à nouveau de l'Euratom. La session se déroule à Bruxelles d'une manière particulière, sous la protection de la police, en raison de la grève des fonctionnaires communautaires de Bruxelles et avec le secours d'interprètes trouvés avec beaucoup de difficulté  après deux heures de recherche.

La Commission Mansholt,  représentée par le Commissaire Spinelli, a proposé le plan sauvetage partiel du C.C.R. Mais la négociation est très difficile.

Certains gouvernements demandent depuis un certain temps une réorganisation de l'activité nucléaire de la CEE. Le gouvernement français, en particulier, accuse l'Euratom de gigantisme improductif en un moment où dans les pays industrialisés s'affirme la tendance à concentrer leur activité de recherche sur des programmes hautement spécialisés et à les confier à des organismes plus opérationnels donc économiquement plus efficaces. D'après divers bruits, le comportement français est expliqué par d'autres arguments : Paris serait hésitant à participer au financement des programmes communs de recherche qui, en France, sont déjà concrétisés au niveau national.

L'Italie, représentée par le Ministre de l'industrie Ferri et le sous-secrétaire de l'extérieur Pedini, refuse l'érosion du contenu politique de l'idée communautaire dans le secteur nucléaire. Elle ne peut accepter le démantèlement du C.C.R. et le retour aux politiques autarciques nationales. L'Italie adhère au programme Spinelli proposé par la Commission, mais pose deux conditions : le maintien du niveau actuel d'activité et l'attribution à Ispra du futur "centre météorologique européen". Cette seconde condition rencontre l'hostilité du gouvernement anglais qui en désire l'attribution.

Pour l’énième fois le Conseil se conclut sans accord, sans aucune décision, sans le moindre résultat.

 

Un report au 18 janvier 1973 est à nouveau décidé.

 

Les organisations syndicales du C.C.R. résument encore une fois les motivations et les graves perspectives de cette situation de crise, s'adressant à leurs collègues des institutions, à Bruxelles, en agitation eux aussi.

Il s'agit d'un tract : C.C.R. : SOMMES-NOUS au dernier quart d'heure ?  (Annexe 18)

 

21. - l'ANNÉE cruciale DÉBUTE

 

Au 1er janvier 1973, l'adhésion du Royaume Uni, de l'Irlande et du Danemark est effective. Les treize membres de la Communauté élargie sont nommés et tiennent leur première réunion sous la présidence Ortoli, le 6 janvier 1973.

 

Le personnel d'Ispra diffuse un nouveau document mis à jour sur : " Le point de vue des travailleurs de l'établissement d'Ispra sur la recherche communautaire et sur le Centre commun." (Annexe19)      

 

Les chapitres traitent les arguments suivants:

- Définition de la base politique pour une recherche communautaire.

- Motivation pour une recherche communautaire.

- Formes d'une collaboration communautaire - Le Centre Commun de Recherche.

- Erreurs et absence de définition de la politique de recherche de la Commission.

 

Puis une "Critique de la gestion de l'activité de l'Euratom", une analyse partant de la Direction du C.C.R., passant par les chefs de Division et se terminant par les chercheurs, est faite.

En annexe on trouve une synthèse de l' "Évolution des programmes d'activité du C.C.R. de sa création à aujourd'hui."

 

En attendant la réunion du Conseil de janvier, le 15 janvier 1973, c’est au cinéma Odéon d’Ispra, que se tient une réunion avec la participation des parlementaires européens et italiens, des maires de la zone, des représentants syndicalistes, simultanément à une grève générale du Centre de Recherche,

Il Giorno écrit : « Que le C.C.R. d'Ispra soit en crise, que les programmes manquassent, que la volonté politique de la Communauté européenne fasse eau de tous les côtés, c'est l'histoire de ces quatre dernières années. Une période plutôt sombre. Aujourd'hui, on s’est peut-être engagé d’une façon irréversible dans la voie qui conduit à la fin du but pour lequel, en 1957, l'Euratom est né : l'activité de recherche appliquée aux réacteurs."

Le sénateur Léonardi, M Galli, l'adjoint régional au travail Martelli sont présents.

Un message du Ministre de l'industrie, Mauro Ferri, qui représentera l'Italie au Conseil des ministres à Bruxelles, est lu.

 

22. - le conseil des ministres du 18 janvier 1973 

     

Les représentants des quatre établissements du C.C.R. organisent une manifestation devant le Conseil pour définir l'avenir du Centre commun de recherche communautaire.

À Ispra, le personnel s'est réuni en une assemblée permanente dans l'attente des décisions de Bruxelles.

 

Après une offre du gouvernement italien qui propose de prendre à sa charge les frais de gestion du réacteur Essor, la réunion du Conseil, s'ouvre à Bruxelles, sur beaucoup d'incertitudes. L'offre italienne permet de pallier à certaines difficultés mais un durcissement anglais, et le recul de la position française après les premiers échanges porteront la réunion à onze heures de discussions acharnées. Et, encore une fois, la réunion se clôturera sans le moindre résultat et avec un renvoi au 5 février 1973 en même temps que la réunion des ministres des Affaires Étrangères.

François-Xavier Ortoli, président de la Commission, a vigoureusement défendu, devant les neuf ministres de l'industrie et de la technologie, le projet qui prévoit la réduction du personnel de l'Euratom d'environ 1600 personnes. Réduction considérée par le personnel d'Ispra comme un sacrifice, mais encore capable de maintenir une structure dynamique. Cependant, les représentants français, hollandais et surtout anglais insistent pour une réorganisation draconienne qui devrait réduire le personnel à 700 personnes environ.

 

La presse européenne suit l'affaire de très près.

 

Les chercheurs d'Ispra s'activent, ils doivent rencontrer le Parlement Européen, ils préparent des mémoires comportant le bilan de l'activité, mais les perspectives restent très négatives.

Ils restent en attente des décisions que prendra le Conseil et sont prêts à reprendre une occupation.

 

23. - le conseil des ministres du 5 fevrier 1973

 

Quand les ministres commencent à se réunir pour les décisions, désormais incontournables, les titres des articles de presse exprime les incertitudes et l'importance du moment.

 

Le Conseil devient un long marathon, avec des discussions difficiles et énervantes qui se prolongeront dans la nuit pour se terminer le lendemain, après plus de vingt heures, mais rejoignant finalement un compromis. A  six heures du matin, dans la grande salle du palais des conférences "Charlemagne", le ministre belge Charles Hanin, qui avait présidé les travaux, annonce l'accord adopté par les Neuf.